Réforme des retraites suspendue, mais pas pour tous : les vrais perdants sont nés après 1975

16/12/2025

Grandparents spending joyful moments with their grandchildren in an outdoor setting, captured candidly.

Cette pause temporaire de la réforme des retraites, votée dans le dernier Projet de loi de financement de la Sécurité sociale, rebat les cartes pour les assurés nés à la fin des années 1950 et tout au long des années 1960. Entre espoirs de départ anticipé et calcul de trimestres, les futurs retraités cherchent à comprendre s’ils font partie des quelques centaines de milliers de bénéficiaires.

Pourquoi mettre la réforme en suspens ?

La réforme promulguée en 2023 prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal à 64 ans accompagné d’une durée de cotisation portée à 172 trimestres. Face au coût budgétaire et aux tensions sociales, le législateur a introduit une clause de « gel » applicable jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2028 pour certaines générations.

  • Objectif financier : lisser sur plusieurs exercices les dépenses engendrées par les départs anticipés, soit environ 2 milliards d’euros par an selon les chiffrages parlementaires.
  • Objectif social : laisser du temps aux caisses de retraite et aux employeurs pour adapter leurs outils de gestion des fins de carrière.
  • Objectif politique : désamorcer la colère des actifs nés dans les années 1960, qui se jugeaient « doublement pénalisés » par les précédentes réformes Balladur, Fillon, Touraine et Borne.

Générations concernées : qui gagne quoi, exactement ?

Le gel partiel ne touche pas l’ensemble de la population active. Les effets diffèrent selon l’année de naissance :

  • Avant 1961 : aucune incidence, la réforme Borne n’avait déjà que peu d’impact sur ces travailleurs.
  • 1962 – 1963 : maintien du calendrier d’allongement des trimestres, mais à un rythme plus lent (170 au lieu de 171 ou 172).
  • 1964 – 1ᵉʳ trimestre 1965 : âge légal plafonné à 62 ans et 9 mois ; un trimestre de cotisation en moins requis pour la pension à taux plein.
  • Avril 1965 – 1968 : l’âge légal continue de progresser, mais d’un trimestre de moins qu’initialement prévu. Exemple concret : une personne née en juillet 1966 devrait partir à 63 ans et 9 mois au lieu de 64 ans.
  • À partir de 1969 : retour à la trajectoire « classique », soit 64 ans et 172 trimestres.

Environ 650 000 à 700 000 assurés devraient profiter de ce coup d’arrêt temporaire.

Âge légal, nombre de trimestres : ce qui change dans les faits

  1. Âge légal : le plafond descend pour certains, passant de 64 à 62 ans et 9 mois.
  2. Durée d’assurance : plafonnement à 170 ou 171 trimestres au lieu de 172, soit une économie d’un à deux trimestres.
  3. Pension à taux plein : pour un salarié né en 1964, la retraite complète pourrait être atteinte dès 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, quand la trajectoire initiale imposait de travailler trois mois de plus et de valider un trimestre supplémentaire.

Focus sur les dispositifs spécifiques

  • Carrières longues : un individu ayant commencé à travailler avant 20 ans verrait sa fenêtre de départ avancer de trois à six mois, selon l’année de naissance.
  • Fonctionnaires en catégorie active (infirmiers, policiers, pompiers…) : le barème d’âge plancher est gelé, permettant un départ parfois avant 57 ans pour les plus anciens.
  • Invalidité ou inaptitude : les seuils d’âge pour un départ anticipé restent alignés sur l’ancien calendrier, soulageant environ 45 000 personnes chaque année.

Que se passera-t-il après le 1ᵉʳ janvier 2028 ?

La loi prévoit un « rattrapage » automatique :

  • Si aucun nouveau texte n’est voté, la montée en charge vers 64 ans reprendra au rythme de trois mois d’âge légal supplémentaire par génération.
  • La durée de cotisation pourrait repartir vers 172 trimestres, voire davantage si un nouveau calcul démographique l’exige.
  • Les bénéficiaires du gel verront donc leur avance se figer ; ils ne perdront pas le quart d’année gagné, mais ne bénéficieront pas non plus d’un sursis supplémentaire.

Comment anticiper sa fin de carrière ?

  1. Simuler régulièrement sa retraite sur les portails officiels dès la publication des décrets d’application.
  2. Racheter des trimestres avant 40 ans peut s’avérer rentable : le coût d’un trimestre varie de 4 000 € à 6 000 € selon les revenus, contre une majoration viagère d’environ 1,25 % par trimestre.
  3. Articuler fin de carrière et épargne (PER collectif, assurance-vie) : retarder son départ de six mois peut parfois rapporter plus qu’une année de rente complémentaire mal calibrée.
  4. Négocier un temps partiel senior pour souffler sans sacrifier la validation de trimestres, option déjà retenue par plus de 100 000 salariés en 2023.

En résumé

  • La suspension est limitée dans le temps (jusqu’en 2028) et cible prioritairement les générations 1964-1968.
  • L’économie maximale atteindra un à deux trimestres et trois à six mois d’âge légal, selon les cas.
  • Près de 700 000 actifs pourraient voir leur calendrier de départ s’alléger, même si l’incertitude demeure pour l’après-2028.

Rester attentif aux textes définitifs et effectuer des simulations personnalisées demeurent les meilleures armes pour sécuriser sa stratégie de retraite.

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