Pensions versées à l’étranger : le nouveau dispositif de l’Assurance retraite traque près de 1000 fraudeurs par an et peut coûter très cher

27/12/2025

En coulisses, l’Assurance retraite mène une véritable chasse au versement indu : chaque année, des milliers de dossiers sont épluchés pour empêcher qu’un euro ne s’égare hors des caisses publiques. En 2024, ce dispositif a permis d’éviter le décaissement de 188 millions d’euros, un record qui illustre la montée en puissance des contrôles.

Un arsenal de détection toujours plus performant

Le cœur du dispositif repose sur un algorithme sophistiqué qui passe au crible près de 270 variables : changements répétés de RIB, déclarations de ressources incohérentes, adresses fiscales successives… Grâce à ce filtre, près de deux tiers des vérifications sont déclenchées avant même qu’un signalement externe n’apparaisse. En 2024, 6 700 contrôles ciblés ont été réalisés ; c’est trois fois plus qu’il y a une décennie.

Zoom sur les zones rouges de la fraude

  • Pension de réversion : prestation complexe, parfois mal comprise, elle concentre une part importante des fraudes par minoration volontaire des revenus ou non-déclaration d’un remariage.
  • Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées) : l’une des seules aides vieillesse conditionnée aux ressources et au lieu de résidence. Les faux justificatifs de patrimoine y sont fréquents.
  • Pensions versées à l’étranger : le risque majeur reste le maintien du versement après un décès non signalé. Un simple certificat de vie non transmis peut enclencher la suspension du paiement.

Sur plus de 160 milliards d’euros de prestations annuelles, la fraude détectée représente environ 76 millions d’euros, soit 0,05 % des sommes versées. Le chiffre paraît faible, mais chaque dossier frauduleux coûte en moyenne 20 000 € et mobilise plusieurs jours d’enquête.

Quand l’algorithme cède la place aux enquêteurs

Une centaine d’enquêteurs assermentés prend le relais des alertes informatiques. Leur marge d’action est large :

  • Consultation de relevés bancaires, y compris à l’étranger ;
  • Vérification des certificats de vie auprès des consulats ;
  • Contrôle de l’utilisation de la carte Vitale pour traquer d’éventuelles usurpations d’identité ;
  • Visites de terrain, par exemple lorsqu’une adresse semble fictive ou qu’un bénéficiaire prétend vivre hors de France.

Chaque enquêteur repère en moyenne 150 000 € de fraude par an, un retour sur investissement jugé « exceptionnel » par la direction de la Cnav.

Fraude avérée vs faute de bonne foi : quelles conséquences ?

En 2024, les contrôles ont fait ressortir :

  • 900 fraudes caractérisées : remboursements exigés, pénalités financières, voire poursuites pénales pour les plus graves.
  • 2 400 fautes : erreurs de déclaration ou retards de transmission. Ici, l’Assurance retraite privilégie la pédagogie et la régularisation.

Le spectre des sanctions est large : simple rappel à la loi, remboursement des trop-perçus, majoration de 10 %, voire emprisonnement et amende pouvant dépasser 375 000 € pour escroquerie organisée.

Escroqueries numériques : un risque croissant pour les seniors

Alors que l’Assurance retraite perfectionne ses contrôles, les arnaqueurs perfectionnent aussi leurs approches : faux courriers annonçant une revalorisation immédiate de la pension, SMS demandant un RIB ou appels de prétendus conseillers. Les tentatives de phishing visant les retraités auraient bondi de 30 % en un an, et un cas sur trois implique déjà l’utilisation d’intelligence artificielle pour créer de faux sites ou de faux formulaires.

Bonnes pratiques pour ne pas tomber dans le piège

  • Vérifier systématiquement l’expéditeur et ne jamais cliquer sur des liens non sollicités.
  • Garder confidentiels numéro de Sécurité sociale, identifiants personnels et coordonnées bancaires.
  • Mettre à jour sans délai son changement d’adresse, de situation familiale ou ses ressources afin d’éviter les « fautes » involontaires.
  • Appeler directement le 3960 pour toute confirmation ; aucun agent ne demandera jamais un mot de passe ni un code envoyé par SMS.

Un bilan financier révélateur

À première vue, 76 millions d’euros de fraude annuelle sur 160 milliards versés peuvent sembler marginaux. Pourtant, ces sommes équivalent au financement annuel de plus de 25 000 pensions de base ou à la construction d’une dizaine d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Chaque euro récupéré renforce donc la solidarité nationale et garantit la pérennité d’un système auquel contribuent 30 millions de cotisants actifs.

En renforçant ses contrôles et en combinant intelligence artificielle, coopération internationale et vigilance citoyenne, l’Assurance retraite poursuit un objectif simple : s’assurer que la pension arrive dans les bonnes mains et préserver durablement la confiance de tous les assurés.

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