Fraudes aux décès : l’Assurance retraite dévoile une nouvelle stratégie d’intervention, alors que 50 % des assurés à l’étranger vivent en Europe

18/12/2025

Chaque année, près d’un million et demi de personnes touchent leur pension française tout en vivant hors des frontières nationales. Si l’immense majorité d’entre elles sont parfaitement en règle, quelques cas de versements indus subsistent, notamment lorsqu’un décès n’est pas signalé à temps. Pour mettre fin à ces situations, l’Assurance retraite déploie désormais une véritable « stratégie d’intervention » alliant contrôles traditionnels et outils de pointe.

Pourquoi les pensions versées à l’étranger attirent-elles la fraude ?

À l’intérieur de l’espace européen, les échanges automatisés d’état civil rendent la détection des décès quasi immédiate : la mise à jour des registres se fait en quelques heures. Hors Europe, en revanche, la chaîne d’information passe souvent par plusieurs administrations locales, avec un risque accru de lenteur ou de défaut de transmission.

  • Entre 1,3 et 1,4 million de retraités français résident à l’étranger ; la moitié vivent dans un pays européen.
  • Un certificat de vie reste indispensable pour prouver l’existence du bénéficiaire ; s’il est falsifié, la pension continue d’être versée malgré le décès.
  • Dans certaines régions, l’état civil se fait encore sur support papier, compliquant tout croisement de données.

Une nouvelle « stratégie d’intervention » en trois volets

Pour sécuriser le versement des pensions et limiter les détournements, l’Assurance retraite s’appuie sur une triple approche.

  • Contrôle biométrique à distance : via une application mobile, le retraité réalise une courte vidéo et un selfie. L’algorithme compare l’image au passeport ou à la carte d’identité enregistrés, confirmant que la personne est bien vivante.
  • Vérifications sur site : des agents mandatés ou des consulats convoquent directement les retraités dans les pays classés « à risque ». Un rendez-vous manqué sans justification peut conduire à la suspension du paiement.
  • Analyse renforcée des certificats de vie : tampons douteux, signatures incohérentes, date manuscrite retouchée… tout indice d’irrégularité déclenche une enquête manuelle et un contact systématique avec l’autorité locale ayant délivré le document.

Le rôle clé de la biométrie

Déployée à grande échelle depuis septembre 2024, la solution biométrique répond à plusieurs objectifs :

  • Réduire de 80 % le délai de validation d’un certificat de vie, passé de quatre semaines à moins de cinq jours.
  • Limiter les coûts : un test vidéo coûte environ 0,40 € tandis qu’un contrôle sur place peut dépasser 150 €.
  • Éviter les usurpations : l’application exige un « clignement d’œil » ou un mouvement de tête aléatoire, gage d’authenticité.

Contrôles physiques : zoom sur les pays les plus surveillés

Certains États hors Europe concentrent la majorité des anomalies relevées. À titre d’exemple :

  • En Afrique du Nord, près d’un contrôle sur deux mène à une régularisation ou à une suspension.
  • En Asie de l’Ouest, la proportion est d’un sur trois ; l’éloignement des consulats complique encore la tâche.
  • En Amérique latine, les décès non signalés génèrent en moyenne six mois de versements indus avant d’être découverts.

Lorsqu’un doute persiste, des « tiers de confiance » — notaire, médecin agréé, chef de village — sont mandatés pour vérifier sur place l’existence du retraité. Cette démarche a déjà permis d’interrompre plusieurs rentes de complaisance.

Un premier bilan financier sans appel

Les résultats 2024 témoignent de l’efficacité du dispositif :

  • 188 millions d’euros économisés sur une seule année.
  • 6 700 contrôles ciblés, dont plus de 900 fraudes caractérisées (montant moyen : 20 000 € chacune).
  • 2 400 comportements jugés « fautifs » – certificats incomplets, retards prolongés, doublons d’identité.

À l’échelle du régime général, la fraude reste limitée — moins de 0,1 % des prestations versées — mais les économies obtenues financent directement d’autres droits sociaux, comme l’Aspa ou la pension de réversion.

Retraités expatriés : les bonnes pratiques à adopter

  • Transmettez votre certificat de vie dès réception de la demande ; un retard injustifié bloque automatiquement le versement.
  • Utilisez l’application officielle : elle ne vous demandera jamais vos coordonnées bancaires ou votre code confidentiel.
  • En cas de convocation consulaire, présentez-vous avec vos pièces d’identité originales ; un refus non motivé entraîne la suspension et, au-delà de six mois, la radiation.
  • Signalez tout changement d’adresse ou de situation familiale (mariage, divorce, décès d’un conjoint) dans un délai de trois mois.
  • Méfiez-vous des courriels ou SMS vous réclamant des documents sous prétexte de vérification ; la caisse ne communique jamais d’informations sensibles par ces canaux.

Perspectives : vers une dématérialisation totale du processus

D’ici 2026, l’Assurance retraite vise un objectif de 90 % de certificats de vie reçus sous format électronique. À terme, le dossier du retraité devrait intégrer :

  • Une double authentification biométrique (visage + empreinte digitale ou reconnaissance vocale).
  • Un historique de localisation anonymisé, permettant de détecter les activations suspectes depuis plusieurs pays en simultané.
  • Des échanges instantanés avec les registres d’état civil de plus de 40 pays partenaires.

Grâce à ces évolutions, l’organisme ambitionne de diviser par deux la fraude aux décès à l’horizon 2030, tout en simplifiant la vie administrative des expatriés honnêtes.

En renforçant simultanément ses outils technologiques et ses contrôles humains, l’Assurance retraite entend protéger durablement la solidarité intergénérationnelle. Pour les retraités vivant à l’étranger, la règle est simple : rester joignable, transparent et réactif afin de continuer à percevoir sereinement la pension qui leur est due.

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