À 55 ans, cette retraitée ruinée doit retourner vivre chez sa mère et survivre au RSA faute de pouvoir payer son loyer

12/01/2026

À 55 ans, Claire* pensait profiter d’une transition calme vers sa retraite. Licenciée après trois décennies de service, elle se retrouve pourtant contrainte de quitter son appartement, de retourner vivre chez sa mère et de compter sur le RSA – un revenu de solidarité plafonné à environ 607 € par mois pour une personne seule – afin de subvenir à ses besoins. Comme elle, des centaines de milliers de Français naviguent dans une zone grise : ni salariés, ni véritablement retraités. Qui sont ces invisibles ? Pourquoi leur nombre augmente-t-il ? Et surtout, quelles solutions s’offrent à eux ?

Une génération bloquée entre emploi et retraite

Les personnes classées « NER » (Ni en emploi, ni à la retraite) représentent aujourd’hui près de 1,3 million de citoyens âgés de 55 à 69 ans. En 2021 :

  • 16 % des 55-69 ans étaient NER.
  • Au seuil des 61 ans, la proportion bondissait à 28 %.
  • Chez les 55-61 ans, environ 21 % n’avaient ni revenu d’activité ni pension vieillesse.

Ces chiffres révèlent une tranche d’âge particulièrement vulnérable : trop âgée pour séduire certains recruteurs, mais trop jeune pour percevoir une pension complète. Résultat : beaucoup transitent d’indemnités chômage en allocations de solidarité, en essayant tant bien que mal de « tenir » jusqu’à l’âge légal de départ.

Les raisons d’une précarité grandissante

  • Allongement de la vie active : chaque réforme recule l’âge légal de départ, ajoutant parfois plusieurs années d’attente à des carrières déjà longues.
  • Carrières morcelées : périodes de chômage, temps partiels, congés parentaux ou emplois précaires créent des trous dans la feuille de paie et dans les cotisations, retardant l’accès à une pension à taux plein.
  • Discriminations liées à l’âge : malgré leur expertise, les plus de 55 ans voient leurs candidatures décliner de près de 40 % par rapport aux plus jeunes, selon diverses études sur le recrutement.
  • Problèmes de santé : 1 senior sur 3 déclare souffrir d’au moins une limitation physique durable, freinant le maintien dans l’emploi.
  • Choix contraints : certains se résignent à l’inactivité pour s’occuper d’un proche dépendant ou à cause d’épuisement professionnel.

Conséquences sociales et humaines

La précarité financière s’accompagne souvent d’un sentiment d’exclusion.

  • Pauvreté : près d’un tiers des NER vivaient déjà sous le seuil de pauvreté en 2015, un chiffre qui ne cesse de grimper.
  • Isolement : retourner vivre chez un parent ou compter sur la solidarité familiale peut entraîner une perte d’autonomie et une détresse psychologique.
  • Accès aux soins : avec un budget santé réduit, 1 personne sur 5 reporte ou renonce à des traitements indispensables.
  • Inégalités de genre : les femmes, plus touchées par les carrières incomplètes et les salaires inférieurs, représentent la majorité des bénéficiaires du minimum vieillesse.

Des témoignages qui illustrent la réalité

  • Patrick, 59 ans, a perdu son emploi de comptable après une fusion d’entreprise. Malgré 200 candidatures, il n’a décroché que deux entretiens en un an.
  • Fatou, 57 ans, a interrompu son activité pour aider son conjoint malade. Désormais sans ressources, elle compose avec 950 € d’allocation spécifique de solidarité.
  • Sophie, 60 ans, affirme avoir « rajeunie » son CV pour masquer son âge : « J’ai enlevé 15 ans d’expérience pour avoir une chance d’être rappelée. »

Pistes pour sortir de l’impasse

Réduire la zone de non-droit social des seniors NER suppose une mobilisation de tous les acteurs :

  • Valorisation des compétences : reconnaître officiellement l’expérience (certifications, VAE) afin de rendre le profil des seniors plus attractif.
  • Politiques RH adaptées : contrats de transition, tutorat inversé, télétravail partiel et aménagement des postes pour préserver la santé.
  • Formation continue : accès prioritaire aux dispositifs de reconversion numérique ou aux métiers en tension (services à la personne, transition écologique, etc.).
  • Soutien social renforcé : revalorisation du RSA, accélération des dossiers d’invalidité, accompagnement psychologique et démarches simplifiées.
  • Passerelles vers la retraite progressive : encourager les dispositifs permettant de cumuler emploi à temps partiel et pension afin d’assurer un revenu décent.

Vers une reconnaissance indispensable

Les 55-64 ans « ni en emploi, ni à la retraite » ne constituent pas une statistique abstraite : ce sont des voisins, des proches, parfois nos parents. Sans visibilité, leur précarité s’installe et se transmet. Investir dans l’expérience, revoir les critères de recrutement, et sécuriser les parcours jusqu’à la retraite sont des étapes clés pour qu’aucun quinquagénaire ne soit contraint, comme Claire, de renoncer à son indépendance et de survivre avec des aides minimales.

*Prénom modifié.

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